• Le théâtre moderne est né d'une décadence

     

    Le théâtre moderne est né d'une décadence

     Photos : "Calderon la représentation de la représentation de P.P. Pasolini  

    Le théâtre moderne est né d’une décadence.

     Adolphe APPIA, théoricien, scénographe et metteur en scène d’opéra, digne successeur de Richard WAGNER tandis que Friedrich NIETZSCHE est foudroyé gravera l’origine du théâtre moderne dans la lumière noire de ses fusains.

     L’écriture théâtrale dite moderne – théâtre de bavardage selon Alberto MORAVIA dans le manifeste pour un nouveau théâtre de PASOLINI - génère des spectres, des fantômes. APPIA y répond par un déplacement du centre, de l’acteur vers la lumière en élaborant le langage de la cinétique scénique, repoussant ainsi les limites de l’irreprésentable.

     

    Le théâtre moderne est né d'une décadence

     

     Dans un de ses textes fulgurants d’anticipation, APPIA désigne la projection comme étant le trait d’union entre l’éclairage et le décor, véritable immatérialisation des corps et des matières.

      Car au théâtre il ne peut y avoir que des éléments de théâtre et toute matière, tout corps, toute machine sur une scène est théâtre, même le cinéma. Sa puissante image filmique dirait Joseph SVOBODA, (scénographe tchèque) doit être maîtrisée et domptée pour devenir un matériau scénique parmi les autres, sans hiérarchisation. La machine scénique reçoit quantité d’éléments disparates et les combine tout en les tenant à distance au profit de l’articulation et de la tension qui se crée entre eux. Le metteur en scène, les acteurs, les cadreurs, les régisseurs, les ingénieurs créent cette matière insolite qui passe de support en support dans un refus total d’asservissement à la forme et à l’éphémére.

     « Lorsque le théâtre sera un chef-d’œuvre de mécanisme, qu’il aura engendré sa technique particulière, il engendrera sans effort son art propre un art créateur » Edward Gordon CRAIG

     Il faut donc pousser à bout la machine théâtrale et y trouver son point d’exception à l’image du théâtregraphe en 1933 de BURIAN et KOURIL ou des propositions futuristes pour un théâtre optique et magnétique, et réfléchir aux nouvelles propositions dramaturgiques dont CALDERON de Pier Paolo PASOLINI fait partie. Reposer la question de la cinétique scénique en fonction du cadre et du hors-cadre bien qu’il puisse s’agir d’une refonte de la scène dite à l’italienne vers un espace à 360° - espace qui rappellons-le n’est pas par tradition antique celui du cirque mais celui du sacré et du rite.

       Heinrich VON KLEIST, dans son « Traité des marionnettes » a défini les règles du jeu. Il dit précisément préférer la marionnette à l’acteur. Plus tard Gordon Craig posera le terme de sur-marionnette qui sera repris par Tadeusz KANTOR.

     Pour nous l’image cinématographique (24 images/ seconde) ou numérique (25 images/secondes) de l’acteur projetée et démultipliée sur plusieurs écrans devient la sur-marionnette immatérielle mais vivante de l’acteur physiquement présent. Ce spectre lumineux est d’une efficacité redoutable puisqu’il ne dépend plus que de la machine projecteur. L’acteur peut une fois filmé dans un autre temps que celui où il joue, compter sur sa partition qui elle est fixée. Elle lui permet de se débarrasser de sa condition d’acteur, et lui ouvre de nouvelles perspectives : l’intervention, l’action physique, la performance, la double représentation.

     

    Le théâtre moderne est né d'une décadence

     

      Les outils technologiques sont des extensions possibles du corps de l’acteur qui lui permettent de préciser son art : voix amplifiée et paramétrée en 3D numérique, delays, caméra-acteur, retransmission en direct et en différé de son image, image à considérer à la fois comme masque mais surtout comme autant de démultiplications de son corps en temps réel. Le larsen vidéo, comme s’il y avait un au-delà du corps qui serait l’esprit et un au-delà de l’esprit qui serait le corps mais diffracté, procédé de saturation de caméra qui filme ce qu’elle retransmet en diffractant son signal.

     

    Le théâtre moderne est né d'une décadence

     La présence de cadreurs sur la scène affirme la convention théâtrale et concrétise la notion de représentation de la représentation propre à CALDERON.

        Car il faudra bien admettre que le théâtre du futur se débarrassera de toutes les raisons sociales et psychologiques pour faire apparaître un espace nouveau diffracté, anthropomorphique, antigravitationnel…

     La multi-projection, la spatialisation sonore, La non-hierarchisation des éléments scéniques, la démultiplication des supports et des points de vues, l’éclatement de la perspective, la simultanéité, l’enregistrement, la visio-conférence, la retransmission en direct et par conséquent la double destination de l’œuvre d’art au théâtre, alimentent l’idée d’un théâtre émetteur et remettent en cause le rapport d’unité de temps de lieu et d’action.

     

    Le théâtre moderne est né d'une décadence

     

     Le théâtre est devenu une matrice à laquelle il faut se connecter. La mutation de l’analogique au numérique ouvre la voie palpitante d’un théâtre émetteur et direct : la télévision directe – le webcast /

     

                                                                   Jean-Marc Musial et Virginie Di Ricci - Lille Mars 2002

                                                                    (paru dans Revue Ec/arts n°3)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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