• Sur la mise en scène d'Orgie

    Être clair ! L'écriture théâtrale de Pier Paolo Pasolini désengorge les situations dites dramatiques et piège le théâtre  dans ce qu'il a de plus accessible : sa théâtralité. Le saisir à cette éloquence beuglante, c'est le perdre, c'est prétendre que l'eau est liquide ou le vent invisible. A-t'on le droit d'acculer le texte de Pasolini à ce que par définition, il ne peut être : un spectacle ?

     

    Sur la mise en scène d'Orgie

     

    Impossibilité également de se complaire dans la "composition du personnage", las des explications plausibles du comportement humain, qu'elles soient psychologiques ou sociales.

    "En vivant nous nous représentons et nos assistons à la représentation d'autrui. La réalité du monde n'est que cette double représentation où nous sommes à la fois les acteurs et les spectateurs. C'est si l'on veut un gigantesque Happening." PP Pasolini L'expérience hérétique.

    Mettons nous l'un face à l'autre, c'est le gouffre désigné par pasolini. La différence d'un être s'assouvit, en même temps qu'elle s'inhibe, par le langage et le corps, dans les endroits innommables de la connaissance de notre conscience d'être au monde.

    Dans ce théâtre antique, le verbe pasolinien traque ainsi le non-dit dans ses plus illustres retranchements, afin que cette parole où les mots n'ont plus de prise puisse à son tour être désignée, mise en scène, voire révélée. Nous sommes ici scellés à l'exigence poétique et politique du langage, confrontés - avec une obsession rigoureuse - au sentiment tragique de la réalité.

     

    Théâtre désengorgé donc, où seule la parole poétique et politique est possible pour l'acteur, sans incarnation, sans sentimentalisme, faisant de lui - en se "gavant le cerveau" comme l'entendait Meyerhold - une prise de parole concrète qui cherche à ébranler les consciences par la mise en danger et l'urgence de ce qui est à dire.

     

    Ne parlons pas de démonstration, d'alchimie "faiseuse de théâtre". Pour affronter ce théâtre qui n'en est pas un - dans le sens de son caractère - il devient indispensable en conséquence de faire préexister la mise en scène avant toute confrontation au texte d'Orgia. Et croire désespérément à une possibilité de créer le conflit entre le texte qui existe déjà et ce qui est encore à venir : la mise en scène et l'acteur - créer un tel champ de tension et de création pour qu'apparaisse concrètement la réalité rêvée, viciée dans le réel d'un espace scénique.

     

    Tout est dit. Le mystère n'est plus entre les lignes mais incrusté dans la réalité du langage des corps et de leurs silences. Par la boue qu'ils défrichent, ces corps se mêlent de gravité, extrême et profonde, qui fait que ce que nous vivons, même si nous la désignons comme telle, n'est pas la RÉALITÉ.

    JM Musial

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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