• Lettres de Meyerhold Au Procureur de l'URSS

    Vsevolod Meyerhold Arrestation

    Photo anthropométrique de Meyerhold qui figure dans le dossier n°537.

     

    LETTRE AU PROCUREUR DE L'URSS (13 Décembre 1939)

    AU PROCUREUR DE L'URSS

    le détenu (arrêté le 20 juin 1939) Meyerhold-Raïkh

    Vsevolod Emilievitch (date de naissance 1874, Allemand)

     

                                                               PLAINTE ET DÉCLARATION

    L'instruction de mon affaire n°537 a été close par les services chargés de l'instruction au NKVD d'URSS le 16 novembre 1939 (mais jusqu'à présent ce dossier n'a été transmis à aucun autre service compétent)? J'ai signé la dernière feuille de ce dossier sans réserves, tout comme j'avais signé auparavant sans réserves une série de procés-verbaux, et cela, contre mon honneur.                                                                                                                                                            Mes dépositions sont mensongères. Je me suis calomnié (je me suis diffamé), j'ai calomnié d'autres personnes. De ces aveux mensongers qui m'ont été extorqués (ils ont été obtenus sous la contrainte), JE ME RÉTRACTE.

    Ces dépositions mensongères qui m'ont été extorquées sont la conséquence du fait que, pendant toute la durée de l'instruction, j'ai dû subir, moi, un vieillard de soixante-cinq ans nerveux et malade, des violences physiques et morales que je n'ai pas pu supporter, et je me suis mis à submerger d'inventions monstrueuses mes réponses au juge d'instruction. Je mentais, le juge d'instruction notait, il chargeait encore ces inventions, il dictait lui-même à la secrétaire certaines réponses qu'il donnait à ma place, et  c'est tout cela que j'ai signé. Même lorsque les violences physiques se sont arrêtées et qu'il ne restait plus que les violences morales ("l'attaque psychique"), je n'ai pas osé déclarer auprès des services chargés de l'instruction que je retirais mes signatures au bas des procés-verbaux, cette déclaration, c'est devant vous citoyen-Procureur de l'URSS, que je la fais, parce que la menace d'une reprise des violences physiques mentionnées plus haut est toujours suspendue au-dessus de ma tête ("Si tu mens nous te battrons trois fois plus fort").....

    .................

    Lettres  de Meyerhold Au Procureur de l'URSS

    Document de scéne- Editions CNRS

    Lettre à V. MOLOTOV

    2 Janvier 1940

    Au Président du Conseil des Commissaires  du Peuple de l'URSS

    Viatchlestav Mikhaïlovitch Molotov

    le détenu Meyerhold-Raïk Vsevolod Emilievitch

    (date de naissance 1874, ex-membre du Parti communiste depuis

    1918, nationalité allemande)

     

                                                                  DÉCLARATION

    "Ce que les gens se révèlent être lorsqu'ils ont peur, c'est cela qu'ils sont réellement.La peur c'est un intervalle entre les habitudes de l'homme, et dans cet intervalle, on peut voir sa nature telle qu'elle est."(Leskov).                                                                                                                                Quand les juges d'instruction ont déclenché, contre moi, l'inculpé, leurs méthodes d'intervention physique et qu'ils y ont encore ajouté une "attaque psychique", ces deux choses ont suscité en moi une peur si gigantesque que ma nature s'est découverte jusqu'à ces racines mêmes...                                                                                                                                                                                                                   Mes tissus nerveux sont apparus situés très près de mon enveloppe corporelle, et ma peau s'est révélée aussi tendre et sensible que celle d'un enfant. Mes yeux se sont montrés capables (en présence de cette douleur physique et morale insupportable pour moi) de verser des torrents de larmes. Couché au sol face contre terre, j'ai appris que j'étais capable de me contorsionner, de me tordre de douleur et de hurler comme un chien que son maître bat avec un fouet. ....

    ...

             L'effroi suscite la peur et contraint à l'autodéfense. "La mort (ô, bien sûr), la mort est plus facile que tout cela" se dit l'inculpé en lui-même. C'est ce que je me suis dit moi aussi, et j'ai commencé à me dénoncer moi-même dans l'espoir que ces autocalomnies allaient m'envoyer à l'échaffaud. C'est ce qui s'est passé : sur la dernière page du dossier de l'affaire portant le n°537 close par l'instruction se sont inscrits les terribles chiffres des articles du Code Pénal : 58, alinéas, I1 et II....

    Lettres  de Meyerhold Au Procureur de l'URSS

      -Violaine Pillot- Milczenie crédits photographiques JMMusial -Terribilita                                

                                                                  

                                                                         DÉCLARATION

    (13.I.1940, suite de la déclaration du 2.I.1940, prison des Boutyrki).

    ........Lorsque la faim (je ne pouvais rien avaler), les insomnies (pendant trois mois), les palpitations nocturnes et les accès d'hystérie (je versais des torrents de larmes, je tremblais comme on tremble dans un accès de fièvre chaude) m'ont laissé diminué, tassé, amaigri, vieilli de dix ans, tout cela a effrayé mes juges d'instruction. On s'est mis à me soigner avec zèle (j'étais alors dans une "prison intérieure" qui comportait une bonne unité médicale) et à me forcer à manger. Mais cela n'a eu d'effet qu'extérieur - physique, mes nerfs étaient dans le même état et ma conscience était aussi affaiblie, embrumée, qu'avant, car une épée de Damoclès restait suspendue au-dessus de moi : le juge d'instruction répétait sans cesse et menaçait : "Si tu n'écris pas (ce qui voulait dire - invente, alors !?), nous te frapperons de nouveau, nous ne laisserons intacte que ta tête et ta main droite, et nous ferons du reste un morceau informe, sanguinolent, déchiqueté". J'ai tout signé jusqu'au 16 novembre 1939. Je rétracte ces dépositions qu'on a obtenues par la force et je Vous supplie, Vous, le chef du gouvernement, sauvez-moi, rendez-moi la liberté. J'aime ma patrie, et je suis prêt à lui consacrer toutes les forces des dernières heures de ma vie. "

    Lettres  de Meyerhold Au Procureur de l'URSS

    PROCÉS-VERBAL DES DERNIERES PAROLES DE MEYERHOLD

    Devant le Tribunal du Collège Militaire de la Cour Suprême de l'URSS (1er Février 1940)

    /.../il est étrange qu'un homme âgé de soixante-six ans n'ait pas mis dans sa déposition ce qui était nécessaire à l'instruction et qu'il ait menti sur son propre compte uniquement parce qu'on le rouait de coups avec une matraque en caoutchouc. Il a alors décidé de mentir et de marcher au bûcher. Il n'est coupable de rien. Il n'a jamais été traître à sa patrie. Sa fille est une communiste qu'il a lui-même éduquée. Il pense que le tribunal le comprendra et aura la conviction qu'il n'est pas coupable. Il a commis des erreurs dans le domaine de l'art et il a perdu son collectif social. Il demande au tribunal de prendre en considération le fait que, bien qu'il ait soixante-six ans, il a encore suffisamment d'énergie pour réparer ses fautes là où il s'est trompé et où il a commis des erreurs. Il a écrit ces derniers temps à Lavrenti Pavlovitch, à Viatcheslav Mikhaïlovitch et au Procureur. Il croyait en la "vérité" et pas en dieu, et il y croyait parce que la vérité vaincra/../

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