• http://www.pacomethiellement.com/corpus_conference.php?id=239

     

    Présentation :

    Le 10 novembre 2015, l’association Anima, soit Vincent Capes et Estelle Brun, nous invitaient Virginie Di Ricci, Michaël Grébil et moi pour une soirée de « cabaret métaphysique » au Théâtre du Périscope à Nîmes. Pour l’occasion, nous avons testé « autre chose ». Un autre chose qui tienne à la fois du concert, du théâtre et de la conférence. La soirée, qui comportait une première pièce « Que c’est beau Jarry ! » suivie d’une seconde, « Bro(c)ken Island/s », n’a pas été filmée, mais le son a été enregistré et Michaël a fait du résultat une pièce à la fois radiophonique et musicale – quelque chose qui rende compte du résultat public de cette étrange aventure et vous permette d’en faire l’expérience. Le Jarry dont il est question ici tient peu d’Ubu et de la pataphysique – mais devient le personnage d’une autre hypothèse, celle de la continuation secrète du magistère brisé de Stéphane Mallarmé, mainteneur du Livre à venir d’une religion sans Dieu qui aurait pris naissance à partir de la fin de l’ère chrétienne.

    Que c’est beau Jarry ! dure du commencement à 1h35. C’est le spectacle mi-conférence mi-théâtre mis en oeuvre par Virginie et moi et Michaël y intervient ponctuellement et magnifiquement.

     

    Bro(c)ken Island/s est de Michaël et commence à 1h37 pour aller jusqu’à 2h26 environs. Virginie et moi y revenons à la fin de la pièce pour une lecture, invités par lui. Il fallait que Michaël soit un peu avec nous, et nous un peu avec lui.

     


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  • Varese-Entretiens (suite) par Stentor16-8-4


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  •  

    La fin de Satan, c’est fini ! Pacôme Thiellement en résidence au Monte-en-l'air

     

    La résidence « Satan Trismégiste » a commencé le jeudi 7 mars 2013 et s’est achevée le mercredi 22 janvier 2014. C’est grâce à la librairie surnaturelle Le Monte-en-l’air que tout a eu lieu, grâce à Fabrice Cysique, à Guillaume Dumora et à la sublimissime Aurélie Garreau. Et si cette résidence s’est doublée d’un théâtre de vidéos sur viméo, c’est grâce à Remue.net, à Guénaël Bontouillet, à Patrick Chatelier et à l’inimaginablement fabuleuse Marjolaine Grandjean. 
    Ici vous avez tous les liens pour les vidéos que Marjolaine a filmées avec rigueur et toujours un magnifique sourire le long de la résidence au Monte-en-l’air. 
    L’idée était et est de faire le lien entre les grandes « gnoses » (qu’il s’agisse du gnosticisme à proprement parler ou de ses extensions typeIshrâqîyûn [1] ou pensée traditionnelle guénonienne [2]) et la pratique carnavalesque et cruelle, de la pataphysique à Hara-Kiri
    Pourquoi ? Pour lutter contre l’ennui, la dépression, le sentiment du malheur, le sentiment de l’inéluctable injustice. 
    Et parce que c’est beau. 

     

    http://www.criticalsecret.net/pacomethiellement-epilogue-en-liens-epilog-such-as-links,148


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  • Dessin de Sylvie LOBATO  - Merci Sylvie -

    (réminiscence du "Van Gogh, le suicidé de la société" le 7/01/2014)

    "C'est ainsi que les quelques rares bonnes volontés lucides qui ont eu à se débattre sur la terre, se voient à de certaines heures du jour ou de la nuit, au fond de certains états de cauchemars authentiques et réveillés, entourés de la formidable succion, de la formidable oppression tentaculaire d'une espèce de magie civique que l'on verra bientôt apparaître dans les mœurs à découvert." Antonin Artaud

     

    Sylvie LOBATO


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  • FUGUE DE MORT - Paul CELAN - 1945

    Lait noir de l'aube nous le buvons le soir

    le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit

    nous buvons et buvons

    nous creusons dans le ciel une tombe où l'on n'est pas serré

    Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit

    il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d'or  

    écrit ces mots s'avance sur le seuil et les étoiles tressaillent il siffle ses grands chiens  

    il siffle il fait sortir ses juifs et creuser dans la terre une tombe  

    il nous commande allons jouez pour qu'on danse

    Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit

    te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir

    nous buvons et buvons

    Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit  

    il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d'or

    Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel une tombe où l'on n'est pas serré

    Il crie enfoncez plus vos bêches dans la terre vous autres et vous chantez jouez

    il attrape le fer à sa ceinture il le brandit ses yeux sont bleus

    enfoncez plus les bêches vous autres et vous jouez encore pour qu'on danse

    Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit

    te buvons à midi et le matin nous te buvons le soir

    nous buvons et buvons un homme habite la maison Margarete tes cheveux d'or

    tes cheveux cendre Sulamith il joue avec les serpents

    Il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître d'Allemagne

    il crie plus sombres les archets et votre fumée montera vers le ciel

    vous aurez une tombe alors dans les nuages où l'on n'est pas serré

    Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit

    te buvons à midi la mort est un maître d'Allemagne

    nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons

    la mort est un maître d'Allemagne son oeil est bleu

    il t'atteint d'une balle de plomb il ne te manque pas

    un homme habite la maison Margarete tes cheveux d'or

    il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une tombe dans le ciel

    il joue les serpents et rêve la mort est un maître d'Allemagne

    tes cheveux d'or Margarete

    tes cheveux cendre Sulamith


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  • Extrait de L’Art du théâtre

    Par EdwardGordon Graig

     « Tout ce qui est accidentel est contraire à l ‘Art. L’art est l’antithèse même du Chaos, qui n’est autre chose qu’une avalanche d’accidents. L’Art ne se développe que selon un plan ordonné. Il ressort donc clairement que pour créer une œuvre d’Art, nous ne pouvons nous servir que de matériaux dont nous usions avec certitude. Or, l’homme n’est pas de ceux-là. Toute sa nature tend à l’indépendance ; toute sa personne montre à l’évidence qu’elle ne saurait être employée comme « Matière » Théâtrale.

     Les gestes de l’acteur, l’expression de son visage, le son de sa voix, tout cela est à la merci de ses émotions… Son visage et ses membres, s’ils n’échappent pas à tout contrôle, résistent bien faiblement au torrent de la passion intérieure et manquent de le trahir à tout instant.

     Comme je l’ai écrit par ailleurs, le Théâtre continuera de croître, et les acteurs pendant un certain nombre d’années encore retarderont son développement. Mais j’aperçois une issue par où ils pourront échapper à leur servitude actuelle. Ils recréeront une manière de jouer nouvelle consistant en grande partie en gestes symboliques.

     De nos jours l’acteur s’applique à personnifier un caractère et à l’interpréter ; demain il essaiera de le représenter et de l’interpréter ; au jour prochain il en créera un lui-même. Ainsi renaîtra le style.

     Et voilà ce qu’on appelle faire œuvre d’art, ce qu’on dit être une manière intelligente de suggérer une idée. Ma foi, cela fait penser à un peintre qui tracerait sur un mur l’image d’un quadrupède à grandes oreilles et puis écrirait « âne » dessous. Les grandes oreilles l’indiquaient de reste, sans qu’il ait eu besoin de rien écrire ; un écolier n’eût pas fait autrement. La différence entre l’écolier et l’artiste est que celui-ci au moyen des seuls traits et des contours évoque aussitôt l’image de l’âne ; et si c’est un grand artiste il évoquera l’idée de l’espèce entière des ânes, l’esprit de la chose.

     L’acteur enregistre la vie à la manière d’un appareil de photographie et il essaie d’en donner un cliché photographique. Il ne soupçonne pas que son art puisse en être un comme la Musique. Il s’efforce uniquement de reproduire la nature ; il pense rarement à inventer d’après elle ; il ne songe jamais à créer.

     « Quoi ! » s’écrie l’acteur au sang vif et aux yeux étincelants : « Il n’y aura donc ni chair ni vie dans votre Art du Théâtre ! » Tout dépend de ce que vous entendez par vie quand vous vous servez de ce mot relativement à l’idée d’Art. Pour le peintre, le mot de vie représente quelque chose de très différent de la réalité ; pour les autres artistes le mot vie a un sens tout idéal ; et ce sont les seuls, acteurs, ventriloques et naturalistes, pour qui mettre de la vie dans leur œuvre signifie fournir une imitation matérielle, grossière, immédiate de la réalité.

     Les lois qui régissent la peinture, la architecture et la musique rendent la chose possible. Un tableau peut se composer de quelques lignes à peine. Mais si simples soit-il, il peut être parfait. Elles seront à mon gré droites ou courbes, et il n’y a pas à craindre que ma main les trace courbes si je les veux droites.

     Ce qui à mes yeux fait la différence entre la résultante de l’intelligence et la résultante du Hasard (c’est que) la première donne une œuvre d’art, la seconde n’est qu’une œuvre de circonstance. Qu’une production de l’intelligence atteigne sa forme parfaite et c’est une œuvre d’art pur. Et c’est pourquoi j’ai toujours soutenu, bien que je puisse me tromper, que votre profession n’est pas de nature artistique, chacune de vos réalisations étant sujette à être modifiée par l’émotion. »

     Si vous découvrez quelque jour dans la Nature un mode nouveau dont l’homme n’ait jamais usé pour exprimer sa pensée, sachez que vous serez à la veille de créer un nouvel Art ; car vous aurez découvert les éléments mêmes de cet Art.

    Pater écrit à propos de la sculpture : « Sa lumière blanche lavée de la pourpre sanglante de l’action et de la passion, révèle, non point ce qui est accidentel dans l’homme, mais ce qui est divin en lui, ce qui contraste avec son agitation continuelle. »

    Peut-être la marionnette redeviendra-t-elle quelque jour le médium fidèle de la belle pensée de l’artiste? Et le jour approche qui nous ramènera le pupazzi, créature symbolique façonnée par le génie de l’artiste, et où nous retrouverons « la noble convention » dont parle l’historien grec ? Nous ne serons plus alors à la merci de ces aveux de faiblesse qui trahissent sans cesse les acteurs et éveillent à leur tour chez les spectateurs des faiblesses pareilles. Dans ce but, il faut nous appliquer à reconstruire ces images, et non contents des pupazzi, il nous faut créer une sur-marionnette.

    Celle-ci ne rivalisera pas avec la vie, mais ira au-delà ; elle ne figurera pas le corps de chair et d’os, mais le corps en état d’extase, et tandis qu’émanera d’elle un esprit vivant, elle se revêtira d’une beauté de mort. Ce mot de mort vient naturellement sous la plume par rapprochement avec le mot de vie dont se réclament sans cesse les réalistes.

    L’artiste étant par définition celui qui perçoit davantage que ceux qui l’entourent, et qui exprime plus qu’il n’a vu. Et parmi les artistes, ce n’était pas le moindre que l’ordonnateur des cérémonies, le créateur de visions, ministre dont l’office de célébrer l’esprit qui présidait à la cité – l’esprit du Mouvement.

    Vous comprenez maintenant ce qui m’a fait aimer et apprécier ce que de nos jours on nomme « marionnette » - ce qui m’a fait détester ce qu’on nomme « le réalisme dans l’Art ? »

    Je souhaite ardemment le retour de cette image au Théâtre, de cette sur-marionnette. Que ce symbole revienne, et sitôt apparu il gagnera si bien les cœurs, que nous verrons renaître l’antique joie des cérémonies, la célébration de la Création, l’hymne à la vie, la divine et heureuse invocation à la Mort. »

    La sur-marionnette Gordon Craig


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  • Leçons de Milan - Tadeusz Kantor
    L'ESPACE
    L'UR-MATIERE
    Je suis fasciné par l'idée et la supposition, peut-être mystique ou utopique, que dans chaque œuvre d'art existe une Ur-matière indépendante de l'artiste, qui prend forme seule et dans laquelle vit toute une infinité des variantes possibles de la vie. Cela ne diminue pas la part de l'artiste dans la création de l’œuvre, ni ne diminue son imagination. 
    Bien au contraire ! Cela dirige uniquement ses dons dans une juste direction. La bonne.
    Il me semble que c'est justement dans cette couche profonde du processus de la création que naît l'existence autonome du tableau.

    Je crois en cette SIMULTANEITE et cette EQUIVALENCE de mon action individuelle et de celle de la MATIERE ORIGINELLE. Cette "unité" reste cependant le mystère inexpliqué de la création. 

    L'ESPACE
    Cette UR-MATIERE est l'espace !
    Je sens comme il pulse.
    L'espace qui n'a ni point d'appui ni frontière,
    qui avec une égale vitesse s'éloigne et fuit,
    ou s'approche
    de tous côtés, sur les bords et au milieu,
    s'élève vers le haut, tombe dans les profondeurs,
    vire sur un axe vertical, horizontal, oblique....
    ne craint pas de pénétrer dans l'enceinte d'une forme close,
    de la secouer de demi-tours brutaux,
    lui ôtant son apparence quotidienne..
    Les personnages, les objets deviennent des fonctions de l'espace
    et ses péripéties
    ..l'espace n'est pas un récipient neutre,
    dans lequel nous mélangeons les objets, les formes...
    L'espace est lui-même OBJET (de création)
    L'ESPACE chargé d'ENERGIE.
    L'ESPACE qui se rétrécit et s'étire
    Ce sont ces mouvements qui façonnent les formes et les objets.
    L'espace GÉNÈRE les formes ! 
    L'ESPACE conditionne les rapports entre les formes et leurs TENSIONS.
    LA TENSION est l'acteur principal de l'espace.
    MULTI-ESPACE...
    L'obtenir est au fond enfantin.
    Cela exige cependant l'intervention constante d'une volonté aux brusques changements.

    Etc Etc Etc


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  • -          Oskar Schlemmer –

    Texte publié dans Die Bühne im Bauhaus, Munich 1925. Publié en français dans théâtre et abstraction, 1978

     il ne reste à l’artiste que ces trois possibilités à l’égard de la scène :

     C’est ainsi qu’aujourd’hui, il ne reste à l’artiste que ces trois possibilités à l’égard de la scène :

    Ou il cherche la réalisation au sein des données actuelles. Cela veut dire la coopération avec la forme actuelle du théâtre ; ce sont les « mises en scène » où il se met lui-même au service de l’auteur et de l’acteur afin de donner à leur travail la forme optique appropriée. C’est un coup de chance si ses intentions coïncident avec celle de l’auteur.

    Ou bien il cherche la réalisation avec un maximum de liberté. Cette liberté se situe pour lui dans les domaines du théâtre qui sont essentiellement visuels, d’où l’auteur et l’acteur se retirent en faveur de l’optique, ou bien ne parviennent à leur effet que par l’optique : le ballet, la pantomime, le théâtre musical ; mais elle se trouve aussi dans ces domaines, indépendants de l’auteur et de l’acteur, qui sont ceux du jeu anonyme ou mécanique de la forme, de la couleur et des figures.

    Ou bien il s’isole complètement du théâtre actuel et jette son ancre au loin, dans la mer de l’imagination et des possibles les plus lointains. Alors ses projets demeurent papiers et modèles, matériaux pour conférences et expositions sur l’art de la scène. Ses plans sombrent devant l’impossibilité de leur réalisation.  En fin de compte, c’est sans importance pour lui ; l’idée est démontrée et a réalisation de cette idée n’est qu’une question de temps, de facteurs matériels et de technique. Elle commence avec la construction du nouveau théâtre (Bühnenhaus) de verre de métal, et avec les inventions de demain.

    Mais elle commence aussi avec la transformation intérieure de l’homme spectateur, alpha et oméga des conditions de tout acte artistique qui, même dans sa réalisation, est condamné à rester une utopie aussi longtemps qu’il ne rencontrera pas la disponibilité intellectuelle. 


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  • Coucher de soleil à Montmajour - Van Gogh 1888

    Coucher de soleil à Montmajour - Van Gogh 1888

     

     

    "..C'est drôle qu'un de ces soirs-ci à Mont Majour j'ai vu un soleil couchant rouge, qui envoyait des rayons dans les troncs et feuillages de pins enracinés dans un amas de rochers, colorant d'orangé feu les troncs et les feuillages, tandis que d'autres pins sur des plans plus reculés, se dessinaient bleu de Prusse sur un ciel bleu vert tendre, céruléen. C'est donc l'effet de ce Claude Monet, c'était superbe. Le sable blanc et les gisements de rochers blancs sous les arbres prenaient des teintes bleues. Ce que je voudrais faire, c'est le panorama dont tu as les premiers dessins. C'est d'un large, et puis ça ne s'en va pas dans le gris, cela reste vert jusque dans la dernière ligne - bleue celle-là, la rangée de collines."...

    extrait de Lettre de Vincent à Théo 29 mai 1888

     

    "Hier j’étais au soleil couchant dans une bruyère pierreuse où croissent des chênes tres petits et tordus, dans le fond une ruine sur la colline et dans le vallon du blé. C’était romantique, on ne peut davantage, à la Monticelli, le soleil versait des rayons très jaunes sur les buissons et le terrain, absolument une pluie d’or. Et toutes les lignes etaient belles, l’ensemble d’une noblesse charmante. On n’aurait pas du tout été surpris de voir surgir soudainement des cavaliers et des dames revenant d’une chasse au faucon ou d’entendre la voix d’un vieux troubadour Provençal. Les terrains semblaient violets, les lointains bleus.    J’en ai rapporté une étude d’ailleurs mais qui reste bien en dessous de ce que j’avais voulu faire."

    extrait de Lettre de Vincent à Théo 5 juillet 1888


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  • Carmelo Bene J'ai toujours "ôté" de scène le pantin Pinocchio, le cauchemar d'un morceau de bois qu'on s'obstine à vouloir farcir de viande pourrie : tomber dans l'humain, c'est ça la véritable mésaventure. Nous sommes gravement malades, par définition : moi, je suis parti, et à jamais, le jour de mes débuts, à dix-neuf ans, dans le Caligula ; je me suis barré, je ne sais pas où, dans quel monde, quel non-lieu. Dans mon cas, la question est planétaire, puisqu'elle concerne la surdité de toute une planète qui s'entête à rester dans la représentation. J'ai détruit tout le théâtre de représentation, j'ai miné toutes les formes et les langages possibles; les identités et les rôles de la dramaturgie faite en amont du théâtre. Les "triomphes" qu'on me fait ne sont que des équivoques qui veulent normaliser le paradoxe, pour se rassurer. Ils représentent le culot social qui se donne l'illusion de pouvoir reconnaître l'inconnaissable. Mieux vaudrait un public d'analphabètes, mais les analphabètes ne sont pas assez corrompus pour aller au théâtre. Les millénaires passent, et le monde se comporte comme si Saussure, Lacan, Bacon, Artaud n'avaient jamais existé. On doit aller au théâtre pour hurler, pour pleurer, mais personne ne le fait ; la vérité c'est que les temps désormais sont mûrs pour que le théâtre soit aboli. Quant à moi, j'ai vérifié dans la pratique une série d'élucubrations impossibles, j'ai exaucé les voeux de Baudelaire qui invoquait l'amplification au théâtre et d'Artaud qui théorisait l'irreprésentable. [...] Tout doit être ôté de la scène, il ne peut pas être question de dialogue, ni de monologue, parce que le monologue est un dialogue avec soi : il n'y a que des équivoques. Le concept de texte n'a jamais été éclairci, si bien que le terme  "dramaturge" est encore attribué à l'auteur du texte ; j'ai toujours été très clair sur cette impossibilité, et même sur l'impossibilité de l'écriture de scène qui risque d'être une textualité de la scène et donc une mainmise patronale sur la scène. Pourtant on n'arrête pas de reculer en redonnant au dramaturge la dramaturgie, le pouvoir du texte : j'ai renié cette écriture là et je l'ai changée en ce que j'ai appelé la machine actoriale.[...] Je ne veux pas être confiné dans un genre : le théâtre est un non-lieu, c'est le noir, il doit être dans le noir. Un théatre doit être intémoignable, en tant que non-lieu il n'est pas dans l'histoire. [...] J'éprouve une vraie répulsion pour tout ce qui parle de transcendance, tout ce qui est métaphysique, ce qui sent Dieu, ou l'ailleurs, ou le visage de l'autre, tant et si bien que je vis isolé, je vis en moine. Je ne cherche pas le théâtre, et même quand je suis sur scène je ne sais pas si j'y suis vraiment, je ne trouve personne qui ait jamais posé ces questions, même pas dans la théorie, même pas chez Artaud. Le théâtre doit être le noir, ce n'est que le noir, le non-lieu par excellence. Peu importe où on le fait.

    CARMELO BENE

    Texte étalbli par JP Manganaro

    Carmelo Bene


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  • "Dans un théâtre dégagé des contraintes du naturalisme, libéré de sa fonction sociale et didactique et organisé autour de la seule idée formelle, le spectateur doit vivre ses états métaphysiques qui constitueraient pour lui le bien suprême dans les temps présents."

    Stanilas Ignacy Witkiewicz

     

    Ce sont les événements et les faits, petits et importants, neutres et quotidiens, conventionnels, ennuyeux, ce sont eux qui créent la pâte de la réalité. Je les écarte de la voie du train-train quotidien, je leur donne de l'autonomie (dans la vie cela s'appelle inutilité), je les prive de motifs et de conséquences, je les tourne et les retourne, et dans cette action répétée je les pousse à mener une existence indépendante. Donc la question : "est-ce déjà de l'art?" ou "n'est-ce pas encore la vie ?" n'a plus d'importance pour moi. Le texte littéraire est aussi un "objet prêt" , formé plus tôt, en dehors de la sphère de réalité du spectacle et des spectateurs. Il est "objet trouvé" condensé au plus haut degré, qui a sa propre fiction, son illusion, son espace psycho-physique. Il est soumis aux mêmes lois que les autres événements et objets du spectacle.

    Tadeusz Kantor


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  • "La forme la plus fréquente de maladie mentale est la manie ou délire furieux. On ne doit cependant pas s'imaginer, comme le font souvent les profanes, que ceux qui en sont atteints se jettent forcement la tête la première contre les murs. Bien au contraire! Ce qui les caractérise, c'est une fureur calme, une tranquille habitude de la conspiration secrète et l'insolence de la pensée. En d'autres termes la : Mania anti-gouvernementalis".

    Psychopathia criminalis, Oskar Panizza 1898


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  • "L'abîme du mal en tant que problème, pour peu qu'on se penche sur lui frappe de précarité la corde que les hommes se passent pour y descendre et, si possible, en remonter. En toucher le fond, ce n'est jamais que prendre contact avec son foisonnement gluant et en éprouver l'horreur sans pouvoir, aux rayons d'une lampe vacillante, lui assigner de limites ni se convaincre, sans un captieux artifice, de sa nécessité. Cet artifice tient dans l'inculcation de l'idée de faute, originelle ou non, dont on ne saurait trop s'étonner et s'affliger qu'elle puisse être tenue communément comme raison admissible et suffisante en dépit de ce qu'elle laisse subsister d'iniquité criarde : monstrueuse disproportion entre, d'une part, un prétendu délit ancré dans l'immémorial, le mythique et, tout compte fait, l'indéterminable (par suite de l’ambiguïté symbolique) et, d'autre part, sa répression sous la forme des pires peines corporelles et autres infligées sans discernement et sans recours à l'ensemble de l'humanité. Ce goût de la vendetta éperdue et sans risques ne pouvait assurément trouver d'apologistes plus zélés que les ministres d'une religion qui a tendu de plus en plus à confondre son dieu avec l'instrument de son supplice, attribuant à celui-ci un sens de "rachat", sur quoi prendre exemple et aux calamités un sens d"épreuves" qu'il faille tenir pour la marque péremptoire de la sollicitude divine."

    André Breton - Préface au Concile d'Amour d'Oskar Panizza


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  • Interview Annie Le Brun par yellowcultureclub


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  • « Nous avancions dans l’arc d’Ypres. Première offensive allemande du printemps de 1915. Ordre fut donné de se disperser en tirailleurs et de s’enterrer. Je me jette par terre, le cœur battant et j’essaie tout comme les autres de m’enfoncer dans la terre, m’aidant de ma pelle. Mais, tandis que les autres y parviennent, moi je ne réussis pas. Le sergent arrive en rampant et crie :

     

    -         Mille tonnerres ! Qu’attendez-vous ?

     

    -         Je n’arrive pas à m’enterrer.

     

    -         Pourquoi pas ?

     

    -         …Je n’y arrive pas !  

     

    Alors il me dit en m’injuriant :

     

    -         Quel est votre métier ?

     

    -         Acteur »


    Erwin Piscator - Le théâtre Politique - (Souvenir des tranchées)


     

     

    Erwin Piscator



     

     


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  • Pasolini  - Une vitalité désespérée

    ...

    - je suis comme un chat brûlé vif,

    écrasé sous les roues d'un gros camion,

    pendu par des gamins à un figuier,

     

    mais avec encore au moins six

    des sept vies qu'il possède,

    comme un serpent réduit en bouillie de sang,

    une anguille à moitié mangée

     

    - les joues creuses sous les yeux battus,

    les cheveux horriblement clairsemés sur le crâne

    les bras amaigris comme ceux d'un enfant

    - un chat qui ne veut pas crever, Belmondo

    qui "au volant de son Alfa Roméo"

    dans la logique du montage narcissique

    se détache du temps, pour mieux s'y insérer

    Lui-même :

    sur des images qui n'ont rien à voir

    avec l'ennui des heures à la file...

    avec la lente splendeur à en mourir de l'après-midi...

     

    La mort ce n'est pas

    de ne pas pouvoir se comprendre

    mais de ne plus pouvoir être compris

    ...

    Une vitalité désespérée -  Pier Paolo PASOLINI

    mort assassiné le 2 novembre 1975


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